Les trouvailles du Club

Patrick nous régale une fois de plus.

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hamecons

 

Pot1Comme pour la plupart des plongeurs, les premières trouvailles d’objets insolites et hétéroclites surviennent dans la phase d’apprentissage de la plongée, phase dite de reptation où le palmipède en herbe se déplace plus comme une anguille ou un bigorneau que comme un poisson. Dans cette découverte rampante du monde aquatique, on aurait tendance à mettre la charrue avant les boeufs…

 

Pot2Tant pis pour eux…. C’est comme dans la vie, on espère toujours que le meilleur sera devant et pourtant, ce n’est pas toujours le cas. Il est vrai qu’un plongeur débutant ne plonge en principe pas profond et que laisser une empreinte indélébile de son passage dans la vase permet à son profondimètre d’afficher quelques centimètres de plus, par fierté personnelle. C’est toujours ça de gagné ! En plus, le sillon laissé par les bras et les genoux trainant dans la vase peut rendre visible ce qui ne l’était pas jusque-là.

 

forvilBref, tout cela pour dire que c’est quelques fois en remuant la vase qu’on fait des découvertes et, un autre atout, les objets sont recouverts ou découverts au gré des courants et des vents. Donc le temps qui s’écoule ne joue pas forcément un rôle. Le plus souvent, ces reliques se trouvent dans les deux cents premiers mètres du bord, car les riverains avaient coutume de jeter tout ce qu’ils jugeaient inutile, depuis la berge, dans les lacs, les rivières et la mer. A ce propos, il me vient une phrase tirée d’un dialogue entre deux Africains : « Pourquoi ti li jette ta femme ? Elle peut encore servir… » On peut également découvrir quelque chose plus au large, le plus souvent, tombé à l’eau depuis un bateau. On augmente ses chances en s’immergeant depuis le bord lors de plongées « surprise » dans des lieux peu ou pas du tout fréquentés des plongeurs et dans des zones où il n’y a pas de plage publique. Pour s’y rendre, l’idéal est de longer la rive en bateau et de se jeter à l’eau en prenant un cap au hasard.

bototPeu de temps après la création de notre Club, il y a eu une période faste en découvertes, notamment : divers flacons de parfum dont un carré et strié au nom de «FORVIL » datant du début du 20ème siècle, un flacon rond de véritable eau de dentifrice de BOTOT – entrepôt à Paris – 10, rue de la Paix datant de la fin du 19ème, début du 20èmesiècle, un encrier en verre soufflé dont l’orifice est incliné à 25°, un pot de moutarde diaphane Louis Frères & Co., Bordeaux, fabriquée entre 1860 et 1930. Puis aussi une bouteille graduée du début du 20ème siècle, avec les indications : « Grammes = Eau dist. », puis, sur une autre face : « Cuillerée à Soupe (Cedex) » A l’époque, on utilisait ce genre de flacon comme mesure pour la cuisine, puis aussi un fragment de cendrier des Galeries Lafayette, édition de « La Maitrise », de 1930, représentant un cavalier vêtu d’un costume du 18 ème siècle, qui salue à la ronde, en ôtant son tricorne.

encrier

louis freres

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Plus aucune trouvaille n’a été faite pendant quelques années, puis, tout d’un coup, lors d’une plongée dans le lac d’Annecy, vers Talloires, nous avons dévasé une grosse clé massive à l’ancienne d’environ 25 centimètres, comme celles ouvrant les serrures des anciens portails de maisons de maîtres ou de châteaux.

Clef1Clef2

 

 

 

 

 

 

Point de datation pour cet objet, mais un excellent présage pour la suite ; cette clé magique nous a ouvert une petite porte d’histoire de la bière avec la découverte de plusieurs bouteilles de brasseurs étrangers et genevois, aujourd’hui disparus. Les flacons, souvent constitués d’un verre épais et irrégulier, étaient souvent obturés par des bouchons qui ont disparu ou bien des capsules en porcelaine à fermeture métallique. Nous avons retrouvé plusieurs bouteilles encore munies de ces dernières.

Citons-donc les noms de ces brasseurs :

malt francais dejardin

 

Malt français Dejardin, Paris(lettre E.D. sur le cul de la bouteille.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

eugene dupontEugène Dupont, Genève

 

 

 

 

 

Vve Matti & Fils, GenèveVve matti

 

 

 

 

 

 

 

ch jacquierCH. JACQUIER, Genève

 

Levons notre chope à leur santé ! J’ai essayé de me documenter sur internet à leur sujet, mais je n’ai malheureusement rien trouvé concernant ces anciens brasseurs. Il faudrait pouvoir consulter les anciennes archives de Genève pour savoir quand ils produisaient leur bière dans notre région.

quinquina

 

 

Notre dernière découverte insolite remonte à décembre 2012. Au large d’Anières, nous avons trouvé une bouteille ancienne d’une boisson très en vogue du début du XXème siècle, jusque vers 1960. Il s’agit de la boisson «SAINT RAPHAEL – QUINQUINA» extraite de l’arbre Quinquina originaire de l’Equateur, dont on tire la quinine connue pour ses vertus contre le paludisme. Cette boisson est encore très appréciée au Québec. D’après sa forme, cette bouteille était de celles utilisées pour ladite boisson vers 1920. Par la suite, la texture des bouteilles a un peu varié.

 

 

 

 

 

bte biereLe 14 août 1904, par une belle journée ensoleillée dont la température avoisinait les 30 degrés, deux joyeux lurons, Edmond et Eugène Bertrand se trouvaient sur les berges du lac Génin, tout près d’Oyonnax dans le Jura français. Après leur partie de pêche, il ont fait griller quelques côtelettes achetées à la Boucherie-Charcuterie Balland-Zénon à Oyonnax et ont accompagné leur repas d’une bonne bière. En effet, il faisait très chaud ce jour-là, mais, comme chacun le sait, la chaleur et l’alcool ne font pas bon ménage. Après avoir fait ripaille, Edmond dit à Eugène : « Ne trouves-tu pas que ça serait marrant d’écrire un message sur le papier du boucher et de le mettre dans une bouteille qu’on lancerait ensuite dans le lac ? As-tu un crayon ? Eugène lui rétorqua : « Excellente idée ! » et ils se mirent à composer un message sobre mais efficace sur fond de taches du sang de la viande, dicté par un sens aigu d’humanité envers leur prochain. Ils glissèrent ensuite le papier sulfurisé bien roulé dans le goulot de la bouteille de bière qu’ils venaient d’achever et qui les laissait quelque peu sur leur soif.

 Voici le contenu de leur message : «Celui qui rapporte ce papier gagnera l’absinthe ». Edmond saisit le flacon rebouché et le lança de toutes ses forces au-dessus de la surface luisante du lac. Ils avaient dû la lester quelque peu, car après quelques minutes, elle coula. C’est bien des années plus tard, au début du mois de septembre 2005, que notre Club fit cette étrange découverte à une profondeur de cinq mètres, tout près d’une jolie barque en bois. La bouteille avait été ramassée, car elle semblait ancienne, mais ce n’est qu’après l’avoir sortie de l’eau que nous avons remarqué le message coincé à l’intérieur du goulot.

parchemin1 parchemin2

 

 

Cette découverte dont nous avions fait part au restaurant du lac nous a valu deux articles dans les journaux français «LE PROGRES » et « L’AIMPACT », respectivement le 16 et 20 septembre 2005. Le nom de Masq’ à Rade était cité dans le premier, pour notre plus grand bonheur ! Les restaurateurs nous ont tout de même offert un verre, mais ce n’était pas l’absinthe promise, nous arrivions avec un siècle de retard… 

 le progres

 

ainpact

 

Lors d’une plongée surprise dans le Léman, au large d’Anières, la visibilité n’étant pas très bonne nous avancions dans une semi obscurité dans la zone des quarante mètres, quand soudain, l’un de nous se précipita vers quelque chose qui brillait sous le faisceau de sa lampe… un reflet extraordinaire sous la lumière, une épée du style « Excalibur » avec le manche en or et des incrustations de pierres précieuses. Nous avons presque failli nous battre pour la saisir. C’était trop beau, une épée mythique… En fait, il ne s’agissait ni plus ni moins d’un jouet d’enfant, en plastique tombée d’un bateau. Lors de notre retour cap la berge, nous avons vu un guéridon posé sur le fond qui nous attendait comme si nous allions prendre l’apéritif… Non, ce n’était pas la narcose…

epee

 

En 1996, nous avons lu dans le journal que La Police de la navigation avait localisé une épave historique datant probablement du XVIII siècle, en bon état de conservation à une profondeur de quarante-sept mètres. Il s’agissait d’une barque cochère comme celles qui transportaient les pierres provenant des carrières de Meillerie. La seule indication donnée par le journal était que cette épave gisait au large d’Anières. La Police ne divulguait rien d’autre, car elle tenait à ce que cette épave n’attire pas une foule de plongeurs, au risque qu’elle soit endommagée. Il n’en fallut pas plus pour aiguiser notre curiosité. Par hasard, un concierge trop bavard (ce qui est étrange pour un concierge) nous dit que depuis le bâtiment dont il assurait l’entretien, en haut du chemin qui mène au débarcadère CGN d’Anières, il avait remarqué que le bateau de La Police était très présent ces derniers temps dans cette zone, à peu près en face du débarcadère. Quelques mois après, le 16 mars 1997, nous nous sommes embarqués sur un zodiac et, à environ quatre cents mètres du bord, à peu près en face du débarcadère de la CGN, nous avons immergé une longue ficelle sur laquelle nous avions attaché un profondimètre à aiguille trainante dans le but d’évaluer la profondeur de quarante-sept mètres. Ayant constaté ladite profondeur sur l’instrument que nous avions remonté, nous nous sommes immergés sans trop y croire. Arrivés sur le fond, nous avons pris le cap 300 que nous estimions être dans l’axe du chemin du débarcadère. Après cinq minutes de palmage à cette profondeur respectable, nous nous sommes trouvés face à la proue de la barque qui, bien que partiellement endommagée, se dressait majestueusement devant nous. Notre coeur battait à se rompre, car c’était NOTRE DECOUVERTE. Les deux mâts, d’une hauteur de douze mètres, se dressaient fièrement comme deux grands bras accueillants et remontaient de la coque vers la surface jusqu’à une profondeur de trente-cinq mètres. La taille de cette épave était impressionnante : dix-huit mètres de long pour quatre mètres cinquante de large, mais elle était passablement envasée. Dessus, il y avait encore de nombreux cordages, des poulies et des palans. Nous avons appris plus tard que les plongeurs de La Police l’avait déjà inventée en été 1993, mais sans l’ébruiter. Malheureusement, malgré une charte du Conseil d’Etat de Genève du 19 janvier 2000 visant à protéger cette épave historique, des plongeurs ont négligemment amarré leur bateau, ce qui était interdit, et ont arraché un des mâts qui faisaient tout le charme de cette barque. En s’affaissant, il a cassé une partie de la coque.

Nos récentes trouvailles, qui, je l’espère, ne sont pas les dernières sont les nouveaux membres potentiels de notre Club que nous dénichons, comme des oiseaux rares triés sur le volet, par ci par là, sur des sites de plongée ou ailleurs et qui viennent grandir notre effectif. Contrairement à la vitrine qui elle contient les objets recensés précédemment et figés dans le temps, nous trouvons dans ces nouveaux membres tout le dynamisme dont nous avons besoin en vue de faire de nouvelles découvertes sous-marines, en bonne compagnie. L’amitié est toujours une découverte et elle est aussi l’objet de toutes les attentions.

Patrick

 

Commentaires   

 
# Patricia 16-03-2013 09:14
Belles trouvailles !
À quand les prochaines, ouvrez l'œil ?
Félicitations à l'auteur !
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Hermance

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